Aller au contenu

Veille fiscale

Assurance-vie 2027 : les trois conditions que le projet de loi de finances veut imposer aux contrats

Le projet de loi de finances pour 2027, déposé le 1er octobre 2026, ne modifie pas l'article 990 I, qui fixe l'abattement de 152 500 € et les taux de l'assurance-vie au décès. Il prévoit en revanche de réserver le régime fiscal de l'assurance-vie aux contrats qui respectent trois conditions : primes en numéraire, supports proches de ceux du code des assurances, aucun titre du souscripteur ou de sa famille dans un fonds dédié. Voici ce qu'elles visent, ce qui arriverait à un contrat non conforme, et à partir de quand. Rien n'est voté.

Repères de l'article

  1. 01Veille fiscaleCatégorie
  2. 029 octobre 2026Date de publication
  3. 039 min de lecture8 sections, sommaire le long du texte

Par Samuel Agostini

Avec 2 174 milliards d'euros d'encours à fin juillet 2026, l'assurance-vie est le premier placement financier des ménages, selon l'évaluation préalable jointe au projet de budget. Le projet de loi de finances pour 2027, déposé à l'Assemblée nationale le 1er octobre 2026, ne modifie pas l'article 990 I, qui fixe l'abattement de 152 500 € par bénéficiaire et les taux applicables au décès. Son article 6 prévoit en revanche de réserver le régime fiscal de l'assurance-vie aux contrats qui respectent trois conditions. Voici lesquelles, qui serait visé, et ce qui arriverait à un contrat qui ne les remplit pas.

État au 9 octobre 2026. Le projet est déposé, pas voté. La première partie du budget, qui contient cet article, est examinée en séance à l'Assemblée du 13 au 19 octobre, avec un vote solennel le 20 octobre, selon le calendrier prévisionnel. Dernière mise à jour : 9 octobre 2026.

Les trois conditions prévues par l'article 6

Le projet ajouterait un 3 à l'article 122 du code général des impôts. Pour garder son régime fiscal, un contrat devrait remplir trois conditions cumulatives. Elles commanderaient le régime au décès de tous les contrats ; à l'impôt sur le revenu, à la lettre du texte, elles ne viseraient que les contrats d'un assureur établi hors de France, comme nous le détaillons plus bas. L'évaluation préalable écrit pourtant que ces critères « devront être respectés par tous les contrats, français ou étrangers », et l'exposé des motifs vise l'impôt sur le revenu comme les droits au décès : le Parlement pourrait préciser ce point.

  1. Des primes en numéraire. Les primes versées à compter du 1er octobre 2026 devraient l'être en numéraire, conformément au code des assurances. Un versement en titres, par exemple l'apport de parts d'une société, ne remplirait pas cette condition.
  2. Des supports proches de ceux du code des assurances. Les actifs en unités de compte devraient présenter des caractéristiques similaires à celles de la liste du code des assurances (article L. 131-1). L'exposé des motifs précise que les contrats étrangers « devront présenter des caractéristiques similaires ».
  3. Aucun actif lié au souscripteur dans un fonds dédié. Lorsque des unités de compte reposent sur des actifs qui ne servent de support qu'à ce contrat, ou à un nombre de contrats qui ne peut augmenter sans l'accord de leurs souscripteurs, ces actifs ne pourraient être émis, garantis ou dus par le souscripteur, l'adhérent, l'assuré, un bénéficiaire, leur conjoint ou partenaire de pacs, leurs ascendants, descendants, frères et sœurs, une société qu'ils contrôlent, ou une entité dont l'actif est composé de tels titres, directement ou indirectement, au-delà d'un seuil fixé par décret.

Le même article créerait dans le code des assurances un article L. 131-1-3, qui interdirait ces actifs dans les fonds dédiés et, dans ce seul code, les actifs dont la valeur ou le rendement dépend principalement de tels titres. Il obligerait le souscripteur à communiquer à l'assureur les informations nécessaires, et prévoirait qu'un décret fixe le délai dans lequel l'assureur régularise un contrat qui ne respecte plus l'interdiction pour une raison indépendante de sa volonté et de celle du souscripteur.

Qui serait visé

L'exposé des motifs affirme que ces critères « sont déjà respectés par l'immense majorité des contrats souscrits », et l'évaluation préalable qu'ils sont « déjà retenus dans les contrats souscrits par l'immense majorité des Français ». Selon l'évaluation préalable, le texte viserait trois pratiques : le paiement des primes en titres plutôt qu'en argent, les fonds dédiés qui logent des titres liés au souscripteur ou à sa famille, et les placements hors de l'univers d'investissement défini par le code des assurances. Les contrats d'assureurs étrangers devraient « présenter des caractéristiques similaires ».

L'évaluation préalable chiffre le rendement à environ 50 millions d'euros par an, 25 millions en 2027, sous des hypothèses qu'elle détaille : 100 milliards d'euros de contrats détenus par des résidents français auprès d'assureurs étrangers, 25 % de contrats non conformes aux critères, un rendement qui viendrait pour l'essentiel du régime au décès, et un écart moyen d'imposition de 15 points par rapport au régime normal.

Ce qui arriverait à un contrat non conforme

À l'impôt sur le revenu, à la lettre du texte, seulement pour un contrat d'un assureur établi hors de France. Le projet subordonnerait aux trois conditions, pour ces seuls contrats, deux avantages dont bénéficient aussi les contrats français : l'abattement annuel sur les rachats, que l'article 122, 2 accorde aux contrats d'assureurs établis dans l'Union européenne ou, sous condition d'une convention avec la France, dans l'Espace économique européen, et le taux de 7,5 % après huit ans, dans la limite de 150 000 € de primes, que le texte ne conditionne que « pour les contrats mentionnés au 6° de l'article 120 ». D'après cette rédaction, un contrat souscrit auprès d'un assureur établi en France garderait son régime à l'impôt sur le revenu. Pour un contrat étranger non conforme, selon l'évaluation préalable, « les produits des primes futures seront imposés à l'impôt sur le revenu au taux de 12,8 % au titre du prélèvement forfaitaire unique, sans abattement annuel en cas de rachats ».

Au décès. L'article 757 B serait complété d'un II bis : lorsque le contrat ne remplit pas les trois conditions à la date du décès, les sommes dues par l'assureur « donnent ouverture aux droits de mutation par décès suivant le degré de parenté existant entre le bénéficiaire à titre gratuit et l'assuré ». Le contrat serait donc taxé comme une succession ordinaire. Comme l'article 990 I ne s'applique qu'aux sommes qui n'entrent pas dans le champ de l'article 757 B, il perdrait alors ce prélèvement et son abattement de 152 500 € par bénéficiaire. Le II bis ne reprend pas non plus l'abattement de 30 500 € que le I de l'article 757 B prévoit pour les primes versées après 70 ans.

Un exemple : un contrat de 500 000 € transmis à un enfant, primes versées avant 70 ans, décès à compter du 1er juillet 2027.

RégimeCalculDroits
Contrat conforme, article 990 I(500 000 € moins 152 500 €) × 20 %69 500 €
Contrat non conforme, droits de succession en ligne directe, abattement de 100 000 € supposé disponiblebarème de 5 % à 20 % sur 400 000 €78 194,35 €
Écart8 694,35 €

L'écart reste ici modéré parce que le contrat est le seul bien transmis et que l'abattement de 100 000 € est intact. Si la part taxable du même enfant, après abattement, était déjà comprise entre 902 838 € et 1 305 677 €, les 500 000 € seraient taxés à 40 %, soit 200 000 € de droits contre 69 500 €. Pour un conjoint ou un partenaire de pacs, exonéré dans les deux régimes, rien ne changerait. L'évaluation préalable retient d'ailleurs un écart moyen d'imposition de 15 points.

À partir de quand

Le projet fixe des dates différentes selon le volet.

VoletContrats souscrits depuis le 1er octobre 2026Contrats plus anciens
Code des assurances (interdiction dans les fonds dédiés)s'appliquerait à ces contratsà compter du 1er juillet 2027
Impôt sur le revenu (contrats d'un assureur établi hors de France)s'appliquerait à ces contratsproduits des primes versées depuis le 1er octobre 2026
Droits au décèsdécès intervenus à compter du 1er juillet 2027décès intervenus à compter du 1er juillet 2027

Ces dates sont en partie antérieures au vote : si le texte est adopté tel quel, le code des assurances et l'impôt sur le revenu viseraient des contrats souscrits et des primes versées depuis le 1er octobre 2026, et la condition de versement en numéraire porterait, pour le décès aussi, sur les primes versées depuis cette date. Selon l'évaluation préalable, les contrats plus anciens « bénéficieront ainsi d'un délai pour ajuster leur fonctionnement ».

Une autre mesure : les contrats en déshérence

L'article 23 du projet instituerait, au titre de 2027, un prélèvement exceptionnel de 17 % sur le solde, au 31 décembre 2026, des avoirs en déshérence déposés à la Caisse des dépôts et consignations, parmi lesquels les sommes de contrats d'assurance-vie non réclamées qui lui ont été transférées. Il serait dû par leurs titulaires ou leurs ayants droit, et la Caisse des dépôts le retiendrait sur ces avoirs. Rien n'est voté.

Ce que le projet ne change pas

Le projet ne modifie pas l'article 990 I : pour un contrat conforme, l'abattement de 152 500 € par bénéficiaire et les taux de 20 % et 31,25 % resteraient ceux d'aujourd'hui. Il ne modifie pas non plus le régime des rachats d'un contrat conforme, ni, d'après sa rédaction, celui d'un contrat souscrit auprès d'un assureur établi en France, que nous détaillons, avec la fiscalité au décès, sur notre page assurance-vie : fiscalité et succession.

Ce que le texte ne dit pas

  • Le seuil fixé par décret pour les entités qui détiennent des titres liés au souscripteur.
  • Ce que recouvrent des « caractéristiques similaires » pour un contrat étranger.
  • La portée à l'impôt sur le revenu. À la lettre, seuls les contrats d'un assureur établi hors de France seraient visés ; l'évaluation préalable parle de tous les contrats.
  • Le vote. Le Parlement peut modifier les conditions et les dates. Les autres mesures du projet pour un patrimoine sont résumées dans budget 2027 : ce que prévoit le projet pour votre patrimoine.

Ce que cet article ne fait pas

Il expose un projet de loi et le droit en vigueur, il ne dit pas si votre contrat est conforme : cela dépend de ses supports, de la façon dont les primes ont été versées et de l'assureur. Il ne recommande ni de racheter, ni de verser, ni de changer de contrat.

L'Audit Flash, offert, ne dit pas si votre contrat est conforme : il donne un premier diagnostic chiffré de votre patrimoine, selon les règles d'aujourd'hui.

Questions fréquentes

Ce que l'on nous demande le plus souvent.

Dans le projet de loi de finances déposé le 1er octobre 2026, non voté : un contrat ne garderait son régime fiscal au décès que s'il respecte trois conditions, et, s'il est souscrit auprès d'un assureur établi hors de France, son régime de faveur à l'impôt sur le revenu. Les trois conditions : primes versées en numéraire, supports en unités de compte proches de ceux admis par le code des assurances, et, pour un fonds dédié, aucun actif émis, garanti ou dû par le souscripteur, l'assuré, un bénéficiaire, leur famille proche ou une société qu'ils contrôlent. Un autre article, l'article 23, prévoit en outre un prélèvement exceptionnel de 17 % sur les avoirs en déshérence déposés à la Caisse des dépôts au 31 décembre 2026, dont les sommes de contrats d'assurance-vie non réclamées.

Sources & avertissement

Information générale à jour au 9 octobre 2026. Cet article présente des mécanismes fiscaux à titre informatif et ne constitue pas un conseil personnalisé. La fiscalité évolue à chaque loi de finances et son application dépend de votre situation. Pour un chiffrage adapté à votre cas, réalisez votre Audit Flash offert.

  • Assemblée nationale, projet de loi de finances pour 2027 (n° 3210), enregistré à la présidence le 1er octobre 2026 : articles 6 (protection du modèle de l'assurance-vie, et son exposé des motifs) et 23 (avoirs en déshérence)
  • Gouvernement, « Évaluations préalables des articles du projet de loi de finances pour 2027 », annexe au projet n° 3210 : article 6
  • Code des assurances, articles L. 113-3 et L. 131-1 ; code général des impôts, articles 120, 122, 125-0 A, 757 B, 777, 779, 796-0 bis et 990 I
  • Assemblée nationale, direction de la séance, « Organisation de la discussion budgétaire », note du 29 septembre 2026

Pour aller plus loin

Épargne & transmission

Assurance-vie : ce que vos bénéficiaires paieront réellement

L'assurance-vie porte un avantage fiscal réel, mais souvent mal compris : deux règles très différentes s'appliquent selon que vous retirez de l'argent de votre vivant ou que le contrat se dénoue par décès. Au décès, ce que reçoit chaque bénéficiaire dépend surtout de votre âge au moment des versements, une bascule qui se joue à 70 ans. Voici la mécanique complète des deux régimes, chiffrée.
Lire l'analyse
Veille fiscale

Budget 2027 : ce que prévoit le projet de loi de finances pour votre patrimoine

Le projet de loi de finances pour 2027, déposé le 1er octobre 2026, prévoit de relever les tranches de l'impôt de 2,1 %, de plafonner à 3 000 € l'abattement des retraites, de plafonner l'amortissement en LMNP, d'alléger temporairement les donations, et de resserrer les conditions de l'apport-cession et de l'assurance-vie. Rien n'est voté. Voici, mesure par mesure, ce que dit le texte, à partir de quand, et ce qu'il ne touche pas : l'IFI, les revenus fonciers, le taux du prélèvement forfaitaire unique.
Lire l'article
Veille fiscale

Donation 2027 : don familial à 50 000 € et taux de 6 %, ce que le projet de budget prévoit et ce qui reste à voter

Le projet de loi de finances pour 2027, déposé le 1er octobre 2026, prévoit pour les dons consentis du 1er janvier au 30 juin 2027 un don familial d'argent exonéré jusqu'à 50 000 € au lieu de 31 865 €, et un taux unique de 6 % jusqu'à 100 000 € par donateur et par bénéficiaire de moins de 50 ans, ramené à 5 % avec un versement à un organisme d'aide aux plus démunis. Rien n'est voté, et le texte ne dit pas si les abattements s'appliquent avant le taux de 6 %. Voici ce qu'il contient, ce qu'il ne contient pas, et ce que coûte une donation selon le droit en vigueur.
Lire l'article

Audit Flash offert

Ce que cela change pour votre patrimoine, chiffré

Sans engagement. Un premier diagnostic chiffré, adapté à votre situation.